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Appui au suivi-évaluation des programmes de nutrition en Mauritanie

Date de début : octobre 2021       Durée : 6 Mois       Type: Evaluation

Mots-clés de l’étude

Suivi et evaluation Programmes de nutrition Sécurité alimentaire

Portée géographique

Mauritanie

Points clés

La Mauritanie fait face au triple fardeau de la malnutrition : retard de croissance (24,2% en 2020), émaciation (11,5% en 2018), et augmentation de l’obésité et des maladies chroniques. Or, l’amélioration des régimes alimentaires et de la nutrition demeure insuffisamment intégrée dans les programmes de développement.
Dans ce contexte, un travail de suivi-évaluation a été conduit afin de tirer les enseignements des interventions de développement rural financées par l’Union européenne (UE). L’étude visait à identifier les facteurs de réussite, les limites et les obstacles rencontrés pour une meilleure prise en compte de la nutrition dans les programmes.
Les résultats indiquent une faible sensibilité nutritionnelle des programmes, des capacités limitées des acteurs, une coordination institutionnelle insuffisante, des opportunités non exploitées, et un manque de ciblage des bénéficiaires sur le critère de vulnérabilité nutritionnelle.

Origine de l'étude

A la demande de la Délégation de l’Union européenne (DUE) en Mauritanie, la Nutrition Research Facility (NRF) a apporté une assistance technique au suivi-évaluation (S&E) du programme RIMRAP : Renforcement institutionnel vers la résilience agricole et pastorale financée par l’UE.

Méthodologie

Menée entre octobre 2021 et mai 2022, l’étude s’est appuyée sur :

  • Une analyse documentaire du Plan stratégique multisectoriel de nutrition 2016–2025, des rapports d’évaluation du RIMRAP, des conventions de financement et des rapports d’activités.
  • Des entretiens avec les informateurs clés impliqués dans la mise en œuvre du programme afin d’évaluer la prise en compte de la nutrition.

Principaux résultats

L’analyse du programme RIMRAP met en évidence plusieurs limites ayant restreint son impact potentiel sur la nutrition :

  • Une faible sensibilité à la nutrition et à la qualité des régimes alimentaires : le RIMRAP a été conçu sous l’angle du développement rural et des institutions, mais sans intégrer d’analyse causale de l’insécurité nutritionnelle ni d’objectifs nutritionnels explicites.
  • Des capacités et de connaissances limitées : la majorité des acteurs impliqués manquaient de connaissances et de compétences en matière de nutrition, ce qui a freiné l’intégration d’actions sensibles à la nutrition dans les activités opérationnelles.
  • Une coordination institutionnelle faible : la gouvernance était peu favorable à la coordination multisectorielle. Le Conseil National de Développement de la Nutrition (CNDN) n’était pas réellement fonctionnel pendant la période d’intervention du RIMRAP. Toutefois, le contexte est en pleine évolution avec un nouveau décret paru en mars 2022 redéfinissant le CNDN.
  • Des opportunités non exploitées : les actions opérationnelles du RIMRAP (maraîchage, appui à l’élevage, réponses d’urgence) présentaient un fort potentiel pour la nutrition, qui a été sous-exploité par manque de connaissances des partenaires sur les stratégies de lutte contre la malnutrition.
  • Ciblage et suivi insuffisants : le programme ne disposait pas d’indicateurs nutritionnels ni de critères de ciblage fondés sur la vulnérabilité nutritionnelle ou socio-économique, limitant la mesure des effets réels sur les groupes les plus à risque.

Recommandations

Les recommandations visent à rendre les futurs programmes de l’UE plus efficaces et sensibles à la nutrition :
1. Sensibiliser, informer et former une masse critique d’acteurs (agents de l’État, techniciens, partenaires de mise en œuvre) aux approches agricoles sensibles à la nutrition et à la qualité et à la diversité des régimes alimentaires, en partenariat avec les institutions académiques mauritaniennes.
2. Renforcer les capacités institutionnelles du secteur du développement rural et appuyer la mise en place et le fonctionnement des plateformes multisectorielles de coordination de la nutrition (CNDN) aux niveaux national et régional.
3. S’assurer que la nutrition soit un objectif explicite et mesuré des actions du secteur du développement rural, en intégrant des indicateurs nutritionnels pertinents au niveau individuel (femmes et jeunes enfants) dans les cadres logiques.
4. Créer un lien fort entre la prévention/gestion des crises et la promotion économique (approche de graduation), en utilisant notamment les filets sociaux institutionnalisés et le Registre Social Unifié pour cibler les ménages les plus vulnérables.

Approfondissement de l'étude

Il est nécessaire de renforcer la connaissance des pratiques alimentaires et des carences nutritionnelles par une enquête alimentaire approfondie. Les diagnostics existants doivent être complétés par des données sanitaires et sur l’alimentation des jeunes enfants afin de mieux comprendre les causes de la malnutrition. L’amélioration des apports en micronutriments via l’agriculture exige aussi une meilleure compréhension des besoins des populations vulnérables et des valeurs nutritionnelles des productions soutenues.

Pertinence pour la stratégie "Global Gateway" de l'UE

L’étude contribue à sensibiliser les acteurs quant à la nécessité d’intégrer les questions nutritionnelles aux programmes agricoles et ruraux, afin de promouvoir des systèmes alimentaires plus résilients, durables et sains ; de soutenir la gouvernance nationale ; et de favoriser des investissements mieux coordonnés.

Contact :

Contact principal : Carl Lachat

Organisation : Gent University

Adresse e-mail : Carl.Lachat@UGent.be